employée de commerce, Matt (GL)
Adolescente, je pensais toujours que je partirais un jour à la découverte du vaste monde. Mais, pour une raison ou une autre, ça ne s’est jamais produit. Je suis restée toute ma vie dans le canton de Glaris. Aujourd’hui, je vis avec mon compagnon et notre chien dans la même maison que mes beaux-parents.
Notre village compte environ 400 habitants. Si je devais estimer combien de villageois ont déjà consommé des substances psychoactives… difficile à dire. On n’en parle pas, après tout. Cinq peut-être ? Sept ? Si l’on inclut le cannabis, il y en a certainement beaucoup plus.
Je me souviens qu’il y avait, dans les années 90, un milieu de la drogue bien visible à la gare de Glaris. Enfant, je passais souvent devant avec mes parents. Mon père est quelqu’un de très ouvert, mais en matière de drogue, il est conservateur. Quand il entend le mot « fumer de l’herbe », il imagine déjà les gens avec une seringue dans le bras.
C’est pareil au village. Dans de nombreuses familles, on boit souvent et volontiers de l’alcool. L’année dernière, après une fête de village dans les environs, un homme ivre est tombé par-dessus un mur et s’est blessé. Le lendemain, on en a ri. Mais si je racontais que j’étais allée prendre des champignons hallucinogènes en haut dans la forêt par une belle nuit de pleine lune – ça, c’est impossible ! C’est bizarre, non ?
J’ai beaucoup fumé de l’herbe quand j’étais ado. Mes parents s’en sont bien sûr rendu compte. Ils m’ont toujours fait comprendre qu’ils désapprouvaient – mais on n’en a jamais vraiment parlé. C’est dommage, en fait. Je ne leur ai jamais dit que j’avais aussi essayé d’autres substances. Ils ne le savent toujours pas aujourd’hui.
Je leur rends visite une fois par semaine et parfois, je me dis que ce serait bien de leur en parler – simplement pour ne pas avoir l’impression de leur cacher quelque chose. Mais je ne sais pas comment ils réagiraient. Alors je m’en abstiens.
À 16 ans, j’ai vécu mon premier trip au LSD. On avait vu des images de ces couleurs incroyables et on voulait absolument essayer. À un moment donné, un ami a réussi à se procurer quelques dosettes. Après ça, on a longtemps continué à fumer des joints, simplement parce qu’il était très difficile de se procurer d’autres substances.
Au début de la vingtaine, on a découvert la coke. Un ami en avait récupéré chez quelqu’un à Wädenswil. Et comme on l’avait sous la main, on l’a essayée. Mais cette substance ne m’a jamais vraiment convenu. On ne savait jamais ce qu’il y avait dedans. On ne connaissait pas le type, ce n’avait jamais été testé, et on n’avait pas accès à un centre de dépistage. Une de mes amies a fait un trip paranoïaque une fois – je suppose qu’elle avait reçu de la coke coupée. Moi-même, j’ai toujours eu de la chance.
À 25 ans, j’ai essayé la MDMA pour la première fois en Inde, lors d’un festival à Goa. C’était une dimension totalement nouvelle pour moi. En rentrant, j’ai découvert qu’il existait aussi une scène Goa en Suisse. Je trouvais incroyable que ce monde parallèle m’ait échappé jusqu’alors – et je me suis plongée dans cette scène.
Peu après, j’ai rencontré mon compagnon actuel, Lucas. Lors d’une fête où l’on faisait passer des champis, nous en avons pris. Lucas était sceptique au début – c’était sa première fois. Mais il s’est laissé tenter. Le trip s’est bien passé, mais en rentrant à la maison, il m’a dit : « Laura, pas comme ça ! » Il s’intéressait aux psychédéliques, mais trouvait mon insouciance bien trop dangereuse. Nous avons donc décidé de mieux nous informer. Désormais, nous avons chez nous des substances testées et nous pesons toujours nos doses avec soin.
Je ne prendrais plus jamais une pilule donnée par n’importe qui lors d’une fête.Trouver des substances reste difficile pour nous. Dans notre cercle d’amis consommateurs, il y a un accord : on achète toujours pour les autres quand on trouve une bonne source. Ainsi, nous avons généralement un peu de réserve. Malgré tout, ça me met très mal à l’aise de devoir faire ça en cachette.
Une fois, on a commandé de la MDMA via un chat Telegram. Il fallait payer en bitcoins, retirés à un distributeur CFF. On avait l’impression d’être de véritables criminels. Lucas cultive désormais ses propres champignons. C’est certes difficile, mais c’est avec nos propres psychédéliques, cultivés maison, que je me sens le plus à l’aise.
Aujourd’hui, je consomme peut-être cinq à douze fois par an. Principalement des champignons, parfois du LSD, de temps en temps de la MDMA. Quelques fois par an, nous allons à un festival de Goa en Suisse ou à l’étranger.
J’aime l’ambiance qui y règne, surtout la chaleur des gens. Il y a des jeunes, des vieux, des pauvres, des riches, des gens normaux et des marginaux. Personne ne juge, chacun peut être comme il se sent à l’aise. J’apprécie de consommer dans un tel endroit avec des amies et des amis – c’est un monde à part, et nous y plongeons ensemble.
De temps en temps, Lucas et moi consommons aussi simplement à la maison. Nous nous installons confortablement, prenons des champignons ou du LSD et allons peut-être nous promener plus tard. Ce sont des expériences très fédératrices – aussi pour nous en tant que couple.
Je suis une personne très proche de la nature. Nous élevons des animaux, produisons notre propre nourriture, faisons notre foin nous-mêmes, cultivons un petit lopin de terre. Je vais souvent en montagne avec mon chien. J’avais déjà ce lien étroit avec la nature quand j’étais enfant – je passais souvent des heures seule dans la forêt.
En grandissant, j’ai peu à peu perdu cette capacité à m’émerveiller devant les petites choses. Grâce aux substances psychédéliques, je peux à nouveau percevoir la fugacité et la beauté de la nature, comme lorsque j’étais enfant. Je trouve ça magnifique.
Je ne sais pas si je recommanderais les psychédéliques à tout le monde. Mais pour ceux qui souhaitent les essayer, j’aimerais qu’ils puissent le faire dans un endroit où ils se sentent à l’aise, avec des personnes qui s’y connaissent et qui sont là pour eux.