animatrice dans une maison de retraite, Berne
Je ne prendrais jamais les transports sans billet, je ne le supporterais pas. Mais partir en vacances à l’étranger avec des substances dans mes bagages ? Pas de problème. La plupart du temps, je consomme lors de soirées. Là, j’ai envie de danser, danser, danser. Je ne peux plus m’arrêter et je veux m’immerger complètement dans la musique. Ce lâcher-prise, c’est l’une des plus belles choses qui soient.
Je consomme aussi des substances psychédéliques à d’autres occasions. Parfois, j’organise des séances de « mind mapping » sous MDMA avec une amie proche. On s’assoit dans le jardin, on crée des tableaux de visualisation, on a de longues conversations ou on fait des exercices issus de la thérapie schématique.
Le week-end dernier, mon oncle est venu nous rendre visite depuis l’étranger. Avec son fils, on a pris des champignons à Eichholz, au bord de l’Aar. Une petite escapade en famille, en quelque sorte.
Quand j’étais jeune, il m’arrivait d’aller chez Ikea sous speed pendant mes jours de congé. C’était marrant !
Aujourd’hui, je trouve que le wellness, c’est l’une des meilleures choses qui soient. Récemment, j’étais aux thermes avec une amie sous LSD.
On était assises dehors dans ce bassin à remous ; je voyais des motifs kaléidoscopiques dans les nuages, avec les bulles sur la peau – c’était magnifique. On est restées un moment dans le hammam, puis on a plongé dans le bassin d’eau froide. La sensation de l’eau glacée sur la peau, c’était indescriptible ! Les gens sobres autour de nous ne me dérangent pas dans ces moments-là. Ils ne se doutent pas que quelqu’un autour d’eux pourrait être en plein trip. Seuls deux garçons nous ont fait un clin d’œil discret – ils ont sans doute remarqué qu’on avait pris quelque chose.
Je suis éducatrice sociale de formation et je travaille avec des personnes âgées dans une maison de retraite. On bricole ensemble, on raconte des histoires, on fait preuve de créativité. L’objectif, c’est de stimuler leur mémoire et leurs sens.
Au travail, personne ne sait que je consomme. J’aime bien parler, et je parle beaucoup – parfois, par inadvertance, un peu trop. C’est pour ça que mes collègues savent que je vais à des festivals, et qu’ils ont déjà vu des photos de moi déguisée. Je ne sais pas ce qu’ils en pensent – probablement rien.
Si quelqu’un me posait explicitement la question au travail, je mentirais. J’ai déjà entendu des remarques désobligeantes sur les drogues, et je sais quelle est la position de certaines personnes de l’équipe à ce sujet. S’ils connaissaient mes expériences, ils me verraient certainement d’un tout autre œil. Et j’aurais sans doute de sérieux problèmes avec mon chef.
J’en parle désormais ouvertement à mes amis, même à ceux qui ne consomment pas eux-mêmes. Ils me connaissent, donc ils ne me cataloguent pas.
Je peux aussi parler assez ouvertement avec mes parents. C’étaient des hippies. Chez nous, dans le Jura, on cultivait du chanvre dans le jardin – le sujet ne m’était donc pas étranger. Quand mes petits frères et sœurs étaient couchés, je fumais de l’herbe avec ma mère sur le balcon. C’était notre rituel après la vaisselle.
J’ai goûté aux champignons pour la première fois avec ma meilleure amie et mon copain, dans notre chalet de montagne. J’avais 16 ans et c’était magnifique. Mon copain, qui avait déjà un peu d’expérience, nous a expliqué que l’effet se manifestait progressivement. Pour illustrer ça, il a dessiné un escalier dans l’air avec ses mains. On l’a tous vu. Cet escalier flottait là, devant nous, aux couleurs fluorescentes, et on était sûrs de voir tous exactement la même image. Ça a été pour moi une expérience impressionnante, et très fédératrice.
J’ai fini par dire à ma mère que je prenais des champignons, du LSD et de l’ecstasy. Elle m’a conseillé de toujours savoir ce que je faisais et où se situaient mes limites. Je suis toujours attachée à ce conseil aujourd’hui.
En général, je suis une consommatrice prudente et je préfère prendre moins que trop. Même si j’aime bien lâcher prise, je ne veux pas perdre complètement le contrôle. Je n’y arrive que lorsque le set et le setting sont parfaits, quand je me sens en sécurité et que je sais qu’il y a autour de moi des gens qui ne me jugent pas.
J’ai déjà vécu deux fois des expériences mystiques dans un tel safe space, en k-hole – un état de dissociation provoqué par la kétamine. Mais je vis très rarement de tels moments. En fait, je veux toujours pouvoir communiquer et m’orienter.
Dans la scène techno, on m’appelle Mama Selma. Je suis là pour tout le monde quand quelqu’un ne se sent pas bien. J’ai aussi déjà accompagné beaucoup de personnes qui essayaient des substances pour la première fois et qui voulaient que je sois là.
Mon point faible, c’est clairement le speed. Je dois faire un peu attention à ça. Il y a eu des périodes où je consommais du vendredi au dimanche, où les lignes devenaient de plus en plus épaisses. Avec le recul, ça me met presque un peu mal à l’aise. À l’époque, j’ai déménagé à Lübeck pendant quelques mois pour faire une pause. Ça a plutôt bien marché : il ne se passait absolument rien là-bas. J’ai toujours trouvé des moyens de me protéger contre une consommation excessive. Par exemple, je ne me mettrais jamais en arrêt maladie un lundi. Si tu peux faire la fête, tu peux aussi travailler – c’est ma règle ! Je ne veux pas que ma consommation me limite dans la vie de tous les jours.
Malgré tout, je dirais que je suis accro. Faire la fête sans substances, ça n’existe pas pour moi. C’est tout simplement beaucoup plus sympa ! Et donc je me demande parfois pourquoi j’en ai besoin. Je n’ai pas de traumatismes particuliers. Je ne consomme pas pour surmonter des problèmes. Et je ne consomme que quand je vais bien. Qui sait, je compense probablement quelque chose avec ça. Mais peut-être que je me pose ces questions uniquement à cause de la pression extérieure.